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mercredi 19 août 2015

PHAGOTHÉRAPIE: DES VIRUS NATURELS POUR TUER LES INFECTIONS

Phagothérapie: des virus naturels pour tuer les infections

Ces phages, ici en jaune, étudiés à l’Institut Pasteur, vont venir à bout d’une bactérie. Photo grossie 50 000 fois.
Face aux bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques et qui tuent chaque année 25 000 personnes en Europe, médecins, chercheurs et malades se tournent vers les phages.... Des virus connus depuis près d’un siècle, mangeurs de bactéries, présents partout dans notre environnement, qui se révèlent parfois beaucoup plus efficaces que les traitements classiques.


Hôpital de Villeneuve-Saint-Georges, près deParis. Ce matin, Caroline, 43 ans, est radieuse, élégante et fière au bras de Rudy, son compagnon des bons et des mauvais moments. « La dernière fois que je suis venue dans cet hôpital, se souvient-elle, je pleurais à l’idée qu’on m’ampute de mon pied droit. » En racontant cet épisode douloureux, son visage se fige et ces terribles instants réapparaissent, comme un mauvais thriller.
Le calvaire de Caroline a commencé en 1995, à la suite d’une chute du second étage de son appartement, à Douai. Bilan : de multiples fractures au dos et à la cheville qui justifient des interventions chirurgicales en urgence. « Au cours de ces opérations, j’ai été contaminée par un staphylocoque doré qui m’a pourri la vie pendant des années. » Une infection nosocomiale qui tue chaque année 4 000 personnes en France. Contre cette bactérie redoutable qui ronge les chairs et les os de son pied, les médecins sortent la grosse artillerie antibiotique et la neutralisent pour un temps. Mais la bactérie réapparaît. « J’ai eu quelques moments de répit avec l’espoir qu’on allait contrôler cette infection », ajoute-t-elle. Au fil des mois et des années, les médecins, démunis, ne peuvent plus éviter l’irréparable. « On m’a conseillé de me faire amputer 17 centimètres en dessous du genou… Ma prothèse de jambe était prête. »

Les phages lui ont sauvé le pied droit

Entre-temps et avec l’énergie du désespoir, Caroline cherche une autre solution et découvre, une semaine avant l’amputation, que certains malades atteints du même mal ont guéri grâce à la phagothérapie. Cette méthode existe depuis près d’un siècle et s’appuie sur les phages, desvirus mangeurs de bactéries (lire l’encadré) : « Je n’avais plus rien à perdre. » Mais ce traitement de la dernière chance, largement utilisé dans les pays de l’Est (Pologne, Russie et surtout Géorgie, dans des centres qui accueillent des malades du monde entier), est interdit en France car il n’a pas le statut de « médicament » ni, a fortiori, d’autorisation de mise sur le marché.
Néanmoins, Caroline découvre que quelques rares médecins choisissent de passer outre la législation. « Lorsque j’ai reçu cette patiente, se souvient le Dr Alain Dublanchet, microbiologiste et chef de file des défenseurs de la phagothérapie, son pied et son moral étaient en piteux état. » C’est entre ses mains que Caroline va retrouver le sourire. Dans un premier temps, les médecins prélèvent les bactéries résistantes aux antibiotiques sur la plaie de son pied qui se gangrène. Ensuite, ils récupèrent des phages présents partout dans la nature et notamment dans les eaux usées. « Après des tests in vitro, nous sélectionnons les phages efficaces contre les bactéries présentes dans la plaie de la patiente », précise le Dr Dublanchet. « Depuis que j’ai bénéficié de ce traitement, en 2010, je revis, explique Caroline devant son sauveur. Je n’ai plus mal et, surtout, il n’existe plus de foyers infectieux. »

La prescription des phages est interdite en France

Le cas de Caroline n’est pas unique. Henri Lemaitre, 48 ans, a connu le même calvaire. Cet installateur d’antennes installé à Saint-Tropez a souffert de 37 fractures après une chute du cinquième étage d’un immeuble en février 2005. Les phages l’ont guéri d’une infection multirésistante contractée pendant ses hospitalisations. « Je n’y croyais plus et je me préparais à l’amputation », se souvient-il.
Même situation pour Hervé Jacqueson, 29 ans, atteint de mucoviscidose, diagnostiquée à l’âge de 4 ans, une maladie génétique qui a réduit sa capacité respiratoire de 70 % et s’accompagne d’infections chroniques et résistantes. « Ce traitement par les phages, que je poursuis encore, m’a permis de stabiliser la maladie et de soigner les infections mieux que les antibiotiques classiques. » Même résultat pour Thierry, 45 ans, qui est traité pour un abcès au visage dû à un staphylocoque : « Pour l’instant, j’ai de bons résultats », note-t-il.
Malgré ces victoires, la phagothérapie reste ici un sujet presque tabou. La plupart des médecins interrogés reconnaissent des résultats intéressants mais refusent de franchir le pas et de prescrire des phages à leurs malades, même si les traitements classiques sont inefficaces. Le Dr Patrick Mamoudy, chirurgien orthopédiste, est souvent confronté au cas de patients infectés par différents virus résistants à l’antibiothérapie, comme le staphylocoque doré. « La réussite des phages chez certains patients m’interpelle, admet-il, mais, dans la mesure où ce traitement n’est pas légal, on ne peut pas l’utiliser car, s’il y a le moindre problème, c’est la responsabilité du médecin prescripteur qui est engagée. » Le Pr Patrick Berche, microbiologiste, refuse lui aussi la phagothérapie : « Je n’y crois pas, assure-t-il, d’autant qu’elle n’a fait l’objet d’aucune étude sérieuse sur une série de malades. » Enfin, du côté de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de son directeur général, Dominique Maraninchi, pas question d’autoriser la mise sur le marché des phages, « en l’état actuel des connaissances ».

Efficaces contre les infections pulmonaires

Malgré toutes ces réserves, des médecins comme les Drs Dublanchet et son confrère Olivier Patey de l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges, ou Jérôme Larché, anesthésiste-réanimateur à Narbonne, prennent le risque d’en faire profiter leurs patients à titre compassionnel lorsque tout a été tenté et qu’aucun traitement ne parvient à arrêter la flambée infectieuse. Et ils ne sont plus seuls. D’autres acteurs se lancent dans le bain et remuent ciel et terre pour démontrer l’intérêt thérapeutique des phages.
C’est le cas de Laurent Debarbieux. Ce chargé de ­recherche à l’Institut Pasteur a déjà franchi une étape en montrant l’intérêt de la phagothérapie contre des infections pulmonaires sévères chez la souris. « Nous avons commencé des essais précliniques sur des patients souffrant de mucoviscidose à partir d’une cinquantaine d’échantillons », ­explique-t-il. Les résultats préliminaires sont déjà significatifs dans 40 % des cas puisque les infections résistantes, liées à la maladie, ont pu être contrôlées. « On envisage bientôt de poursuivre nos investigations et de franchir la barre des 60 % de bons résultats », confie-t-il.
L’association Vaincre la mucoviscidose a, depuis cinq ans, misé sur le travail de son équipe, et lui a alloué une enveloppe de 165 000 euros. Même stratégie du côté de certains médecins, notamment militaires, comme ceux des hôpitaux Percy et Reine Astrid, respectivement à Clamart et à Bruxelles. « Nos blessés d’Afghanistan, particulièrement les grands brûlés, sont porteurs d’infections ­multirésistantes aux antibiotiques, ce qui nous a conduits à nous intéresser à la phagothérapie pour mieux les soigner », ­explique le Dr Patrick Jault, anesthésiste-réanimateur. ­Courant 2013, les conclusions de « Phageburn », une étude réalisée sur un échantillon de 200 malades et financée en partie par la Direction générale de l’armement (DGA), ­permettra de savoir si les phages sont une bonne alternative aux antibiotiques.

L’industrie pharmaceutique veut savoir si la phagothérapie est rentable

« Dans la mesure où les phages ne sont pas “brevetables”, précise Alain-Michel Ceretti, militant historique de la lutte contre les infections nosocomiales à l’hôpital, l’industrie ne veut pas investir. La seule solution est de concevoir un cocktail de phages afin qu’ils soient considérés comme un médicament, avec un brevet et des bénéfices en perspective. » C’est justement cette stratégie que certains industriels aux Etats-Unis, en Australie, en Angleterre ont choisie. En France, depuis 2007, Pherecydes Pharma, une start-up, planche sur la fabrication de ­cocktails de phages contre les infections multirésistantes respiratoires, osseuses et dermatologiques : « Nous avons d’étroits contacts avec des laboratoires pharmaceutiques qui attendent de connaître nos résultats pour envisager un codé­veloppement », insiste Jérôme Gabard, son P-DG. Le temps presse. En effet, sans argent pour mener des essais cliniques qui peuvent atteindre 5 millions d’euros, ces entreprises sont amenées à disparaître.

A moins que la solution vienne des pouvoirs publics : compte tenu de l’augmentation des résistances en France et de l’absence de nouveaux antibiotiques plus efficaces, ils viennent d’entrer dans le débat. Dans un rapport officiel, le Centre d’analyse stratégique, rattaché aux services du Premier ministre, propose d’étudier l’intérêt thérapeutique de la phagothérapie. En remplacement ou en complément des antibiotiques. Une brèche vient de s’ouvrir.

vendredi 24 juillet 2015

Percée mondiale : une nouvelle molécule permettant d’augmenter les greffes de cellules souches

Sauvageau_Lab
Jalila Chagraoui, Agente de recherche, Iman Farès, étudiante au Ph. D.
et Dr Guy Sauvageau à l’IRIC (Crédit: IRIC)
Des chercheurs de l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC) de l’Université de Montréal viennent de publier dans le prestigieux magazine Science l’annonce de la découverte d’une nouvelle molécule, la première en son genre, qui permet la multiplication de cellules souches dans une unité de sang de cordon. Les cellules souches issues du cordon ombilical sont utilisées pour des transplantations dans le but de guérir plusieurs maladies du sang, dont les leucémies, les myélomes et les lymphomes. Cette thérapie représente pour de nombreux patients un traitement de dernier recours.
Dirigée par le Dr Guy Sauvageau, chercheur principal à l’IRIC et hématologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, cette percée mondiale a le potentiel de multiplier par 10 le nombre d’unités de sang de cordon disponibles pour une transplantation chez l’humain. De plus, elle réduira considérablement les complications associées à la greffe de cellules souches. Elle sera particulièrement utile pour les patients non caucasiens pour qui les donneurs compatibles sont difficiles à identifier.
Une étude clinique, utilisant cette molécule nommée UM171 en l’honneur de l’Université de Montréal et un nouveau type de bioréacteur développé pour la culture de cellules souches en collaboration avec l’Université de Toronto, sera initiée dès décembre 2014 à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Selon le Dr Guy Sauvageau, « cette nouvelle molécule combinée à la nouvelle technologie du bioréacteur permettra à des milliers de patients de par le monde d’avoir accès à une transplantation de cellules souches plus sécuritaire. Considérant que plusieurs patients ne peuvent actuellement avoir recours à une greffe de cellules souches faute de donneurs compatibles, cette découverte s’annonce très prometteuse pour le traitement de divers types de cancer. »
Le Centre d’excellence en thérapie cellulaire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont servira d’unité de production de ces cellules souches. Par la suite, les greffons seront distribués à des patients de Montréal, Québec et Vancouver pour cette première étude clinique canadienne. Des résultats tangibles devraient être disponibles une année plus tard, soit en décembre 2015. À terme, des résultats cliniques concluants pourraient révolutionner le traitement de la leucémie et d’autres maladies du sang. De là, l’importance de la portée de cette nouvelle découverte.
« Ces avancées extraordinaires sont le résultat d’une équipe remarquable dont des étudiants et chercheurs postdoctoraux extrêmement doués qui oeuvrent dans les laboratoires de l’IRIC, incluant les premières auteures de cette publication Iman Farès, étudiante au doctorat et Jalila Chagraoui, agente de recherche, ainsi que les professionnels de la plateforme de chimie médicinale de l’IRIC sous la direction d’Anne Marinier qui ont optimisé les propriétés thérapeutiques de cette nouvelle molécule », ajoute le Dr Guy Sauvageau.
Contexte
Le sang de cordon ombilical d’un nouveau-né est une excellente source de cellules souches hématopoïétiques pour leur transplantation puisque leur système immunitaire est encore immature et que les cellules souches ont une probabilité moindre d’induire une réaction immunitaire néfaste chez le receveur.
De plus, il n’est pas nécessaire que la compatibilité immunologique entre le donneur et le receveur soit parfaite, contrairement à une greffe de moelle osseuse. Cependant, dans la plupart des cas, le nombre de cellules souches obtenues d’un cordon ombilical est beaucoup trop faible pour traiter un adulte et son utilisation est confinée surtout au traitement des enfants. Avec la nouvelle molécule UM171, il sera possible de multiplier les cellules souches en culture et d’en produire suffisamment pour traiter des adultes, particulièrement ceux qui ne sont pas caucasiens car ils ont un accès limité à la greffe par manque de donneurs.
Partenaires de l’étude
Des collaborateurs de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de la British Columbia Cancer Agency, de l’Ontario Cancer Institute et du Fred Hutchinson Cancer Research Center ont aussi joué un rôle important dans l’évaluation des propriétés biologiques de cette nouvelle molécule et ceux de l’Université de Toronto dans le développement du bioréacteur.
Financement
Cette étude est financée par le Réseau de cellules souches du Canada, IRICoR, l’organisme de commercialisation de l’IRIC, le Réseau de thérapie cellulaire et tissulaire financé par le Fonds de recherche du Québec–Santé et les National Institutes of Health.
Étude citée
Pyrimidoindole derivatives are agonists of human hematopoietic stem cell self-renewal
Iman Fares, Jalila Chagraoui, Yves Gareau, Stéphane Gingras, Réjean Ruel, Nadine Mayotte, Elizabeth Csaszar, David J. H. F. Knapp, Paul Miller, Mor Ngom, Suzan Imren, Denis-Claude Roy, Kori L. Watts, Hans-Peter Kiem, Robert Herrington, Norman N. Iscove, R. Keith Humphries, Connie J. Eaves, Sandra Cohen, Anne Marinier, Peter W. Zandstra, Guy Sauvageau
Science, 19 September 2014
À propos de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie
Pôle de recherche et centre de formation ultramoderne, l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l’Université de Montréal a été créé en 2003 pour élucider les mécanismes du cancer et accélérer la découverte de nouvelles thérapies plus efficaces contre cette maladie. L’IRIC fonctionne selon un modèle unique au Canada. Sa façon innovante d’envisager la recherche a déjà permis de réaliser des découvertes qui auront, au cours des prochaines années, une incidence significative dans la lutte contre le cancer. Pour plus d’informations : www.iric.ca
À propos de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie — Commercialisation de la recherche
L’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie – Commercialisation de la recherche (IRICoR) est un organisme à but non lucratif, axé sur la découverte et la commercialisation de médicaments, situé à l’Université de Montréal (UdeM), plus précisément, au sein de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC). L’objectif d’IRICoR est de traduire rapidement les projets de recherche universitaires hautement novateurs de l’IRIC et de divers centres en thérapies innovatrices de grande valeur. Pour ce faire, IRICoR favorise des partenariats avec le secteur privé afin d’accélérer le transfert de l’innovation de la recherche universitaire vers le marché. Pour plus d’informations : www.iricor.ca
À propos du Réseau de cellules souches du Canada
Le Réseau de cellules souches (RCS), créé en 2001, regroupe plus de 100 scientifiques, cliniciens, ingénieurs et éthiciens qui sont des chefs de file dans les universités et les hôpitaux au Canada. Le RCS appuie des projets de recherche d’avant-garde dont les découvertes peuvent donner naissance à des traitements, nouveaux et améliorés, qui seront offerts à des millions de patients au Canada et partout dans le monde. Hébergé par l’Université d’Ottawa, le Réseau de cellules souches est l’un des Réseaux de centres d’excellence du Canada qui sont financés par Industrie Canada et ses trois conseils subventionnaires. Pour plus d’informations : www.stemcellnetwork.ca
À propos du Réseau de thérapie cellulaire et tissulaire du Fonds de recherche du Québec – Santé
Le Réseau de thérapie cellulaire et tissulaire (ThéCell) vise à faciliter les études cliniques phase 1 et 2 afin de rendre les technologies de pointe en thérapie cellulaire et tissulaire accessible à la population en valorisant les plateformes technologiques issues des universités québécoises et de leurs partenaires. Le Réseau ThéCell, financé par le Fonds de recherche du Québec — Santé (FRQS), sert de levier et de catalyseur pour mobiliser et coordonner l’accès et l’utilisation d’infrastructures et de personnel hautement qualifié dans le domaine de la thérapie cellulaire et tissulaire. Pour plus d’informations : www.reseauthecell.qc.ca
À propos du Centre d’excellence en thérapie cellulaire
Le Centre d’excellence en thérapie cellulaire (CETC) de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est un ensemble de laboratoires dédiés à la manipulation de cellules humaines à des fins thérapeutiques chez l’humain. Le CETC a comme objectif d’être un fer de lance de la médecine régénératrice et de la thérapie cellulaire au Canada. Pour plus d’informations : www.cetc-hmr.org
Renseignements
Manon Pepin
Directrice des communications et relations avec les médias
Institut de recherche en immunologie et en cancérologie│IRIC
Université de Montréal
(514) 343-7283│manon.pepin@umontreal.ca

vendredi 26 septembre 2014

Myopathie de Duchenne

Myopathie de Duchenne : efficacité et tolérance du drisapersen

PUBLIÉ LE : 08/09/2014

Les résultats de l’essai de phase II du drisapersen dans la DMD publiés dans le Lancet Neurology montrent son efficacité et sa bonne tolérance sur 24 semaines.


      Le 8 septembre 2014, la société pharmaceutique Prosensa a annoncé la publication dans la revue médicale The Lancet Neurology des résultats à 24 semaines de l’essai de phase IIen double aveugle contre placebo du drisapersen dans lamyopathie de Duchenne (DMD). Le communiqué de presse annonce également des résultats préliminaires de cet essai à 48 semaines.
Cet essai, qui s’est achevé en septembre 2012, s’est déroulé dans 13 centres et 9 pays dont la France (Institut de Myologie, Paris). Les 53 garçons atteints de DMD et âgés de 5 ans et plus, recrutés pour l’essai, ont reçu pendant 48 semaines, par injection sous-cutanée, 6 mg/kg de drisapersen ou du placebo, soit en « traitement continu » (une fois par semaine), soit en « traitement intermittent » (9 doses par période de 10 semaines).

Après 24 semaines de traitement

Les résultats publiés en septembre 2014 dans The Lancet Neurology montrent que la distance de marche parcourue pendant 6 minutes après 24 semaines de traitement a augmenté de 35,1 mètres pour le groupe traité par le drisapersen en continu par rapport à celle du groupe placebo. Il n’y a pas de différence significative entre le groupe traité en continu et en discontinu.

Après 48 semaines de traitement

Les résultats préliminaires annoncés par Prosensa montrent que la distance de marche parcourue pendant 6 minutes après 48 semaines de traitement est supérieure de 35,9 mètres pour le groupe traité par le drisapersen en continu par rapport au groupe placebo. Les résultats cumulés des deux groupes traités par le drisapersen (en continu et en discontinu) témoignent de meilleures performances de marche (31 mètres de plus en moyenne) par rapport à ceux des groupes placebo combinés, permettant de conclure à une efficacité du drisapersen sur la marche après 48 semaines dans la DMD.
Et ce malgré des effets indésirables sans gravité : réactions au niveau du site d’injection du produit chez 35 patients traités dont 6 avec le placebo et protéinurie.

Des perspectives encourageantes

Ces résultats qui confirment l’intérêt d’un traitement précoce des enfants atteints de DMD pour préserver leur capacité à la marche, constituent un bon atout pour l’avenir du drisapersen. D’autant que la Food and Drug Administration (FDA), l’équivalent américain de l’Agence Européenne du Médicament (EMA), a accepté en juin dernier le principe de l’évaluation d’une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le cadre d’une procédure accélérée, sous réserve d’études complémentaires qui restent à définir. Et que la demande d’AMM en Europe devrait suivre selon le communiqué de presse de Prosensa.

Un premier médicament de thérapie innovante

Un premier médicament de thérapie innovante approuvé pour la myopathie de Duchenne !

L’Agence européenne du médicament (EMA) a rendu ce jour un avis favorable pour une autorisation de mise sur le marché conditionnelle de l’Ataluren.

Recherche myopathie de Duchenne
Ce produit développé par PTC Therapeutics est le premier médicament de thérapie innovante approuvé pour la myopathie de Duchenne !  C’est également un espoir pour un très grand nombre de maladies génétiques concernées des mutations « STOP ». Cette autorisation concerne les malades âgés de plus de 5 ans et ambulants. 

A travers cet avis de l’EMA, c’est une technique innovante de chirurgie du gène qui est validée : la translecture de codon « STOP ». La mutation « STOP » située sur le gène responsable de la maladie entraîne, dans la dystrophie musculaire de Duchenne, l’absence de production de dystrophine, une protéine indispensable au bon fonctionnement musculaire. Grâce à l’administration de l’Ataluren, une petite molécule développée par PTC Therapeutics, ce codon « STOP » est ignoré lors du processus de production des protéines ce qui permet la production d’une protéine fonctionnelle. Les résultats des essais menés par PTC Therapeutics indiquent un ralentissement de l’évolution de la maladie ainsi que l’amélioration de la marche pour certains malades.
Cette annonce de l’EMA est donc une excellente nouvelle pour les malades concernés (13% des garçons touchés par une myopathie de Duchenne) mais aussi pour les malades atteints d’autres maladies génétiques causées également par des mutations « STOP » (mucoviscidose…). Ces mutations concerneraient environ 10 % de la population concernée par une maladie génétique.  
  L’AFM-Téléthon se félicite de cette avancée qui illustre le bien-fondé de la stratégie qu’elle développe depuis plus de 25 ans pour la mise au point de thérapies innovantes issues de la connaissance des gènes. L’Association a soutenu, grâce aux dons du Téléthon, des travaux de recherche fondamentale sur la technique de translecture du codon « stop » et son Institut de Myologie est centre investigateur des essais cliniques menés pour l’Ataluren. L’Association espère également que les autorités françaises mettront tout en œuvre pour un accès rapide des malades concernés à ce premier médicament.

mardi 23 septembre 2014

Un traitement surprenant contre les myopathies

Un traitement surprenant contre les myopathies

Par figaro icondamien Mascret - le 30/11/2012
Le médicament, en empêchant la contraction des vaisseaux sanguins permet ainsi l’oxygénation du muscle.
Un médicament proche du Viagra améliore la circulation du sang dans les muscles.
Le tadalafil, un traitement utilisé contre les troubles de l'érection pourrait s'avérer utile dans le traitement des myopathies. Il faudra bien sûr attendre des essais de plus grande envergure avant de l'envisager pour les patients car l'étude anglo-saxonne publiée le 28 novembre dans la revue Science Translational Medicine ne porte que sur neuf patients. Ce travail est néanmoins «encourageant», assure Serge Braun le directeur scientifique de l'AFM-Téléthon, qui ne pouvait rêver plus belle illustration de l'intérêt de la recherche fondamentale à quelques jours du Téléthon (7 et 8 décembre). C'est en effet la première fois que ce test est réalisé chez l'homme.
«C'est un premier pas important sur un mécanisme responsable de la faiblesse musculaire de la dystrophie de Becker», explique au Figarole Pr Elizabeth McNally, experte renommée des maladies neuromusculaires, qui dirige un laboratoire de recherche à l'université de Chicago. La maladie, ou dystrophie musculaire de Becker, est une myopathie proche de celle de Duchenne, mais moins connue du public car moins fréquente (1 cas sur 18.000 à 31.000 garçons), souvent plus modérée et diagnostiquée plus tardivement, entre 5 et 25 ans. La myopathie de Duchenne est en revanche plus fréquente et frappe un garçon sur 3000 avant l'âge de 5 ans.
L'idée d'utiliser des inhibiteurs de la phosphodiestérase V (Viagra®, Cialis®, Levitra®) dans les myopathies n'est pas nouvelle, mais elle n'avait pour l'instant été expérimentée que sur des souris. Normalement, chez un sujet sain, les vaisseaux qui acheminent l'oxygène vers les muscles doivent se dilater pour que le débit soit suffisant. Or, «dans les dystrophies musculaires, les vaisseaux sanguins qui nourrissent les muscles restent contractés. Les médicaments comme le tadalafil augmentent le flux d'oxygène en relâchant la contraction des vaisseaux sanguins. On inverse le processus», détaille le Pr McNally.
Depuis plusieurs années, des équipes étudient donc l'action de ces molécules sur un modèle animal de la dystrophie musculaire de Duchenne. Le problème, c'est que pour être efficace, il faut chez la souris employer des doses très élevées, de 500 à 1000 fois supérieures aux doses maximales de tadalafil utilisées chez l'homme contre les troubles de l'érection (20 mg).
Les chercheurs ont tout de même voulu vérifier s'il n'était pas possible d'obtenir un effet bénéfique dans la maladie de Becker avec une seule prise de 20 mg. Le résultat souligné par le Pr Elizabeth Martin et ses collègues du Cedars-Sinai Medical Center, aux États-Unis, est à la hauteur de leurs espoirs. «Le tadalafil lève l'ischémie (asphyxie cellulaire, NDLR) et restaure complètement la circulation sanguine chez huit patients sur neuf», écrivent-ils. L'étude ne permet pas cependant de savoir si en rétablissant la circulation du sang dans les muscles lors de l'effort, on améliore in fine la force musculaire et surtout si on ralentit la progression de la maladie.

L'effet à long terme

«Tout ce que l'on peut dire, c'est que cette étude prouve la validité du concept et la tolérance du médicament. Mais il faudra des années pour démontrer l'efficacité clinique, c'est-à-dire un bénéfice réel pour le patient», pondère Serge Braun. Il faudra notamment vérifier que le bénéfice s'étend au cœur. Or, dans cette étude, les patients ne devaient pas avoir d'atteinte cardiaque manifeste pour participer. Autre bémol de taille soulevé par le Pr McNally, «on ne sait pas si cela sera efficace comme traitement prolongé puisque les patients de cette étude n'ont reçu qu'une seule dose, la prochaine étape sera d'évaluer l'effet du tadalafil à long terme».
Enfin, le traitement n'a eu aucun effet sur l'un des neuf patients sans que les auteurs ne parviennent à l'expliquer. De même que l'idée du traitement est née des recherches fondamentales sur les mécanismes de la maladie, il faudra sans doute retourner au laboratoire pour en comprendre les limites.