Aider les malades (soins, accompagnement, citoyenneté)

améliorer la vie des malades en attendant la guérison.

Communiquer les savoirs auprès des familles, professionnels et du grand public.

S'informer et partager Ces outils sont indispensables pour poursuivre la mobilisation et aider les malades dans leur combat.

Les essais concernent des maladies

neurologiques, neuromusculaires, cardiaques, du sang, de la vue, de la peau, du système immunitaire, du vieillissement.

Guérir (recherche et développement de thérapies innovantes)

suivre les projets des recherches, les essais clinique par les expertises et des plateformes dédiées à la recherche translationnelle.

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mercredi 24 septembre 2014

LES MALADIES NEUROLOGIQUES EN TUNISIE




Tunis - Le Quotidien En hommage au père de la neurologie tunisienne feu le professeur Mongi Ben Hamida, le 1er Congrès international de neuroscience, qui se tient depuis hier à la faculté de Médecine de Tunis, a braqué pleins feux sur les pathologies neurologiques répandues dans le monde.Pour la Tunisie, diverses maladies trouvent leur origine dans le mariage consanguin. Malgré l’évolution que connaît la société tunisienne, le phénomène du mariage consanguin demeure l’une des principales causes des maladies neurologiques les plus fréquentes en Tunisie. Fayçal Hentati, président de l’Association Tunisienne de Neuroscience, affirme dans ce sens que les chercheurs neurologues tunisiens continuent à découvrir de nouveaux gènes responsables de la transmission héréditaire des syndromes neurologiques. Quelques maladies découvertes ont été même considérées spécifiques à la Tunisie, dans la mesure où elles ne sont toujours pas localisées dans des pays étrangers. L’Institut national de neurologie a contribué par ailleurs à la découverte de 12 gènes qui sont à l’origine, entre autres, de la paralysie juvéline et qui est due au déficit en vitamine C. * Découvertes tunisiennes Dr. Hentati, qui a annoncé la découverte de la Miopathie tunisienne, souligne que, grâce aux diagnostics prénataux, on est parvenu à en déterminer les causes. Les recherches dans les laboratoires portent aujourd’hui sur la définition de la thérapie. La neuroscience, qui étudie le fonctionnement cérébral chez l’individu, représente une discipline bien développée en Tunisie à telle enseigne que les recherches effectuée au niveau des laboratoires de l’Institut national de neurologie ont permis de dévoiler des symptômes pathologiques très rares en Tunisie mais qui touchent un nombre considérable d’individus en Europe. Un symptôme a été de ce fait découvert chez les individus d’une famille tunisienne, et il s’est avéré par la suite qu’il s’agissait bien d’une pathologie neurologique très répandue en Angleterre mais qui n’y a pas été toutefois découverte. L’alimentation et les habitudes thérapeutiques restent, en effet, déterminants de l’ampleur des pathologies neurologiques. Dr. Samir Blel, président de l’Institut national de neurologie, a indiqué que les accidents vasculaires et les infections cérébrales qui sont les maladies les plus fréquentes en Tunisie deviennent de plus en plus graves à cause, entre autres, des négligences alimentaires. «Les maladies neurologiques à caractère hériditaire récessif nécessitent une auto-prévoyance continue pour que le traitement thérapeutique aboutisse à de bons résultats», conclut Dr. Blel. Ce premier congrès international de neuroscience Mongi Ben Hamida sera marqué par la présentation de plusieurs communications de haut niveau à travers lesquelles les orateurs, venus de plusieurs pays de la Méditerranée, exposeront diverses études et les résultats de recherches menées dans le domaine. Hassen GHEDIRI 

mardi 23 septembre 2014

Les dystrophies musculaires en Tunisie : une expérience de 10 ans



Les dystrophies musculaires en Tunisie : une expérience de 10 ans

Fatma Nabli (1), Emna Farhat (1), Mounir Kefi (1), Rim Amouri (1), Faycel Hentati (1)
(1) Tunis

Introduction
Les myopathies sont des maladies cliniquement et génétiquement hétérogènes. Elles ont une prévalence particulièrement élevée en Tunisie et ceci à cause de la fréquence des mariages consanguins.
Objectifs
c’est de rapporter les fréquences relatives des différentes myopathies en Tunisie, de déterminer le type le plus fréquent afin d’établir une stratégie diagnostique simple.
Méthodes
Une étude rétrospective a été menée, incluant 564 patients, ayant consulté entre les années 2000 et 2009 et tous ont eu une biopsie musculaire avec un prélèvement d’ADN. Les critères d’inclusion ont été la présence d’un syndrome myopathique clinique, et d’un aspect dystrophique à la biopsie musculaire. Seuls les patients ayant une myotonie ont été exclus. L’étude immunohistochimique et le diagnostic moléculaire avec recherche des mutations des LGMD2 ont été pratiquée en fonction du tableau clinique.
Résultats
61,3% des patients ont présenté un tableau de dystrophie musculaire des ceintures. 16,5% des patients avaient une myopathie métabolique ; 9,4% avaient une dystrophie musculaire congénitale ; 7,6% ont une FSH ; 3,4% ont une myopathie congénitale et 1,8% ont une myopathie héréditaire à inclusion. Parmi les 95 patients ayant eu un diagnostic moléculaire on a identifié: 55,8% LGMD2C; 14,7% LGMD2I ; 5,3% LGMD2B ; 4,2% LGMD2D et 20% n’ont aucune de ces quatre formes.
Discussion
Nos résultats contrastent avec ceux trouvés à l’échelle mondiale. Tandis que la LGMD2C représente la LGMD2 la plus commune en Tunisie et en Nord Afrique, la LGMD2D est la plus fréquente en Amérique du Nord, et la LGMD2I est la plus fréquente en Europe. Les LGMD2 autres que la LGMD2C restent encore rares en Tunisie.
Conclusion
les LGMD2 sont les myopathies les plus fréquentes en Tunisie et la LGMD2C est la sarcoglycanopathie la plus fréquente. Les autres formes de myopathies sont rares en Tunisie.

Informations complémentaires
Etude faite avec le service de neurobiologie de l'institut de neurologie

FINANCEMENT AMÉRICAIN POUR LE CENTRE D'ASSISTANCE DE TUNIS POUR LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE


FINANCEMENT AMÉRICAIN DE 675.000 DINARS DU PROJET POUR LE CENTRE D'ASSISTANCE DE TUNIS POUR LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE
8 juin 2012

L’Ambassadeur Gray examine les plans de construction d’un nouveau centre pour les patients de dystrophie musculaire.
L’Ambassadeur Gray examine les plans de construction d’un nouveau centre pour les patients de dystrophie musculaire avec La Directrice de l’AMT et l’Architecte Conseiller Nedra Fourati.

Lors de sa rencontre le 7 Juin avec les responsables de l'Association des myopathes de Tunisie (AMT), l'Ambassadeur américain Gordon Gray a examiné les plans de construction d'un centre multi-usages tunisien qui fournit de l’assistance pour les patients atteints de dystrophie musculaire.
Ce projet, qui coute 675 000 Dinars, est financé dans le cadre du programme du gouvernement américain d'aide humanitaire. Ce nouveau centre, ouvert aux patients de toute la Tunisie, comprendra des salles de consultation médicale, des ateliers de réparation de matériel, une salle polyvalente pour les réunions de patients, un entrepôt pour stocker le matériel médical et de l'espace administratif pour le siège de l'association. La construction de ce centre est prévue pour commencer cet été.
L'Association des myopathes de Tunisie (AMT) est une organisation non gouvernementale qui vise à fournir une assistance médicale et sociale aux patients atteints de dystrophie musculaire et à favoriser la recherche de cette maladie en Tunisie.
Lors d'une réception offerte par le président de l'AMT, Mme Sabah Gharbi, Ambassadeur Gray a rencontré les médecins spécialistes et des chercheurs qui consacrent leurs efforts à l'amélioration des conditions de vie des patients atteints de dystrophie musculaire ainsi que leurs familles. L’Ambassadeur s'est félicité de l'initiative prise par l’AMT afin de créer ce centre ce qui marque une étape importante dans la promotion du bien-être et des droits des personnes atteintes de maladies génétiques.  L’Ambassadeur a également souligné l'importance de continuer à soutenir les efforts de recherche dans ce domaine.

Un traitement surprenant contre les myopathies

Un traitement surprenant contre les myopathies

Par figaro icondamien Mascret - le 30/11/2012
Le médicament, en empêchant la contraction des vaisseaux sanguins permet ainsi l’oxygénation du muscle.
Un médicament proche du Viagra améliore la circulation du sang dans les muscles.
Le tadalafil, un traitement utilisé contre les troubles de l'érection pourrait s'avérer utile dans le traitement des myopathies. Il faudra bien sûr attendre des essais de plus grande envergure avant de l'envisager pour les patients car l'étude anglo-saxonne publiée le 28 novembre dans la revue Science Translational Medicine ne porte que sur neuf patients. Ce travail est néanmoins «encourageant», assure Serge Braun le directeur scientifique de l'AFM-Téléthon, qui ne pouvait rêver plus belle illustration de l'intérêt de la recherche fondamentale à quelques jours du Téléthon (7 et 8 décembre). C'est en effet la première fois que ce test est réalisé chez l'homme.
«C'est un premier pas important sur un mécanisme responsable de la faiblesse musculaire de la dystrophie de Becker», explique au Figarole Pr Elizabeth McNally, experte renommée des maladies neuromusculaires, qui dirige un laboratoire de recherche à l'université de Chicago. La maladie, ou dystrophie musculaire de Becker, est une myopathie proche de celle de Duchenne, mais moins connue du public car moins fréquente (1 cas sur 18.000 à 31.000 garçons), souvent plus modérée et diagnostiquée plus tardivement, entre 5 et 25 ans. La myopathie de Duchenne est en revanche plus fréquente et frappe un garçon sur 3000 avant l'âge de 5 ans.
L'idée d'utiliser des inhibiteurs de la phosphodiestérase V (Viagra®, Cialis®, Levitra®) dans les myopathies n'est pas nouvelle, mais elle n'avait pour l'instant été expérimentée que sur des souris. Normalement, chez un sujet sain, les vaisseaux qui acheminent l'oxygène vers les muscles doivent se dilater pour que le débit soit suffisant. Or, «dans les dystrophies musculaires, les vaisseaux sanguins qui nourrissent les muscles restent contractés. Les médicaments comme le tadalafil augmentent le flux d'oxygène en relâchant la contraction des vaisseaux sanguins. On inverse le processus», détaille le Pr McNally.
Depuis plusieurs années, des équipes étudient donc l'action de ces molécules sur un modèle animal de la dystrophie musculaire de Duchenne. Le problème, c'est que pour être efficace, il faut chez la souris employer des doses très élevées, de 500 à 1000 fois supérieures aux doses maximales de tadalafil utilisées chez l'homme contre les troubles de l'érection (20 mg).
Les chercheurs ont tout de même voulu vérifier s'il n'était pas possible d'obtenir un effet bénéfique dans la maladie de Becker avec une seule prise de 20 mg. Le résultat souligné par le Pr Elizabeth Martin et ses collègues du Cedars-Sinai Medical Center, aux États-Unis, est à la hauteur de leurs espoirs. «Le tadalafil lève l'ischémie (asphyxie cellulaire, NDLR) et restaure complètement la circulation sanguine chez huit patients sur neuf», écrivent-ils. L'étude ne permet pas cependant de savoir si en rétablissant la circulation du sang dans les muscles lors de l'effort, on améliore in fine la force musculaire et surtout si on ralentit la progression de la maladie.

L'effet à long terme

«Tout ce que l'on peut dire, c'est que cette étude prouve la validité du concept et la tolérance du médicament. Mais il faudra des années pour démontrer l'efficacité clinique, c'est-à-dire un bénéfice réel pour le patient», pondère Serge Braun. Il faudra notamment vérifier que le bénéfice s'étend au cœur. Or, dans cette étude, les patients ne devaient pas avoir d'atteinte cardiaque manifeste pour participer. Autre bémol de taille soulevé par le Pr McNally, «on ne sait pas si cela sera efficace comme traitement prolongé puisque les patients de cette étude n'ont reçu qu'une seule dose, la prochaine étape sera d'évaluer l'effet du tadalafil à long terme».
Enfin, le traitement n'a eu aucun effet sur l'un des neuf patients sans que les auteurs ne parviennent à l'expliquer. De même que l'idée du traitement est née des recherches fondamentales sur les mécanismes de la maladie, il faudra sans doute retourner au laboratoire pour en comprendre les limites.

Essais thérapeutiques dans la dystrophie musculaire de Duchenne : entre espoirs et désespoirs

Essais thérapeutiques dans la dystrophie musculaire de Duchenne : entre espoirs et désespoirs

Rev Med Suisse 2012;8:409-412


Résumé

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est une myopathie progressive liée au chromosome X. Depuis la découverte du gène responsable qui code pour la dystrophine, une protéine exprimée dans les myocytes, de nombreuses stratégies thérapeutiques ont été élaborées. Dans cet article, nous présentons trois approches parmi les plus avancées sur le plan des essais cliniques. Les deux premières sont la translecture du codon stop et le saut d’exon, qui ciblent des types de mutations précises et qui représentent un exemple de «médecine personnalisée». La troisième est une approche pharmacologique, moins spécifique, et potentiellement bénéfique à tous les patients.
Ces premiers essais thérapeutiques dans la DMD soulèvent un certain nombre de difficultés et de questions, tant pour les chercheurs que pour les patients et leur famille. Ces aspects seront également abordés.
Abstract

Introduction

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est une myopathie progressive liée au chromosome X qui atteint un garçon nouveau-né sur 3500.1 Elle fait donc partie, en vertu de son incidence, du groupe des maladies rares. On observe depuis quelques années un intérêt croissant pour ces maladies, non seulement des scientifiques et des firmes pharmaceutiques mais aussi de la classe politique et du grand public. Des progrès majeurs ont été réalisés dans la compréhension de leurs bases génétiques et cellulaires, permettant le développement de stratégies thérapeutiques qui ont abouti pour certaines à des thérapies efficaces (certaines maladies lysosomiales) ou aux premiers essais cliniques. C’est le cas de la DMD, pour laquelle les premiers résultats d’essais thérapeutiques prometteurs ont été publiés récemment. Dans cet article, nous présentons quelques-unes de ces approches en soulignant non seulement les résultats obtenus mais également les difficultés pratiques rencontrées par les chercheurs, les patients et leur famille.

Translecture des codons stop avec l’ataluren (PTC124) : une illustration de la complexité de conduire un essai clinique pour une maladie rare

La cause de la DMD est une mutation dans le gène codant pour la dystrophine, protéine sous-membranaire essentielle pour l’intégrité structurelle de la fibre musculaire (figure 1), dont l’absence rend les fibres plus vulnérables au stress mécanique.2,3 La maladie se manifeste généralement par un léger retard dans les acquisitions motrices, parfois associé à un retard de langage. L’âge moyen de diagnostic est d’environ cinq ans. La faiblesse musculaire progressive aboutit à la perte de la marche entre dix et douze ans et finalement à une insuffisance cardiaque et respiratoire. La DMD reste incurable, mais l’introduction précoce de stéroïdes oraux et une prise en charge cardiorespiratoire optimale permettent d’améliorer considérablement la qualité et l’espérance de vie de ces patients.1,4 Il n’est plus rare de les voir vivre jusqu’à leur troisième décennie.4
D’un point de vue génétique, près de 65% des patients présentent une délétion dans le gène de la dystrophine, 5-15% une duplication et les 30% restants des mutations de petite taille. Environ la moitié de ces dernières sont des mutations non-sens.5 Il s’agit de mutations ponctuelles qui remplacent sur l’ARN (acide ribonucléique) messager un codon spécifiant un acide aminé par un codon stop prématuré, qui interrompt la transcription ribosomiale. Il en résulte la production d’une dystrophine tronquée, rapidement dégradée.
L’existence de molécules permettant d’ignorer ces codons stop prématurés est connue de longue date ; on parle alors de translecture (read-through) de codons stop. Les aminoglycosides ont cette propriété mais les essais cliniques avec la gentamicine dans la DMD n’ont pas montré d’efficacité et ont suscité des craintes de toxicité.6
L’ataluren (PTC124) est une molécule qui permet aux ribosomes d’ignorer exclusivement les codons stop prématurés consécutifs à une mutation ponctuelle. La réexpression d’une dystrophine fonctionnelle après administration d’ataluren a pu être démontrée dans un modèle murin de la DMD, la souris mdx.7 Après des premiers essais encourageants chez l’homme, une étude de phase IIb en double aveugle a été réalisée chez 174 jeunes patients. Une randomisation en trois bras (faible dose, haute dose et placebo) a été réalisée avec comme objectif primaire de comparer l’évolution de la distance parcourue en marchant six minutes après 48 semaines de traitement. Compte tenu de la rareté de la maladie, l’étude s’est déroulée dans 37 centres de onze pays différents avec des patients présentant une variabilité inévitable dans leur degré d’atteinte, compliquant ainsi l’interprétation des résultats. Les premières analyses n’ayant pas démontré de bénéfice significatif, tous les essais avec le PTC124 pour la DMD ont été interrompus sur avis du comité de surveillance indépendant. Des analyses complémentaires semblent toutefois avoir montré une tendance à l’amélioration dans le bras traité par faible dose,8 et la poursuite des essais en Europe serait prévue pour le printemps 2012.

Le saut d’exon : un exemple de médecine personnalisée basée sur le gène

Comme la plupart des gènes, celui de la dystrophine contient à la fois des parties codantes (les exons) et des parties non codantes (les introns). Lors de la transcription, un ARN prémessager, contenant à la fois les introns et les exons, est formé. Le processus d’excision-épissage permet l’élimination des introns, puis le raccordement des 79 exons du gène en un ARN messager mature (figure 2). Lors de la traduction de ce dernier en une protéine, la séquence de nucléotides est lue sous forme de triplet (ou codon), chaque triplet correspondant à un acide aminé ou à un codon stop. Les exons ne contiennent toutefois pas tous un nombre de nucléotides correspondant à un multiple de trois. Certains codons sont donc «à cheval» entre deux exons (figure 2). La délétion d’un exon peut donc avoir des conséquences très différentes sur la protéine qui doit être produite. Si l’exon supprimé (ou le dernier exon en cas de délétion multiple) contient un nombre complet de codons, la traduction pourra se faire sans décalage de la séquence de lecture (in-frame deletion). La protéine produite sera plus courte mais elle pourra néanmoins être fonctionnelle. Le phénotype clinique est alors moins sévère ; on parle de dystrophie musculaire de type Becker.5 La DMD est causée dans 65% des cas par des délétions out-of-frame, c’est-à-dire des délétions d’exons qui se terminent (ou commencent) par des codons «incomplets». Ces délétions interrompent la séquence de lecture et la production de la protéine. La dystrophine produite sera tronquée et rapidement dégradée donnant alors un phénotype plus sévère.

Complexe associé à la dystrophine (www.umd.be) Cette protéine sous-membraire est essentielle à l’intégrité structurelle de la fibre musculaire.


Exemple de thérapie d’une délétion de l’exon 50 par le saut de l’exon 51 A : Gène de la dystrophine contenant 79 exons codant pour la protéine ;B : Gène de la dystrophine avec une délétion de l’exon 50 ; C : Gène de la dystrophine avec une délétion des exons 50 et 51 ; D : Gène de la dystrophine avec une délétion de l’exon 50 traité par AON (oligonucléotides «antisens»).

Arg : arginine ; Ala : alanine ; Lys : lysine ; Glu : glutamate ; Ser : sérine.
Les oligonucléotides «antisens» (AON) sont de courtes séquences d’acides nucléiques synthétiques capables de s’hybrider spécifiquement avec certaines régions des ARN prémessagers. On peut les utiliser pour «masquer» un exon (saut d’exon) dont la présence entraîne un décalage de la séquence de lecture suite à une délétion. Lors de l’excision-épissage, cet exon n’est pas transcrit, permettant son élimination de l’ARN messager mature (figure 2).9
Les résultats de deux essais ouverts, non contrôlés, de phase II, utilisant des AON pour le saut de l’exon 51 ont été publiés cette année. Dans le premier essai, un AON de type 2’-O-méthyl phosphorothioates (2’OMe) a été administré une fois par semaine par voie sous-cutanée à douze patients répartis en quatre bras avec des posologies croissantes.10 Dans le deuxième essai, un AON de type morpholino (PMOs) a été administré une fois par semaine par voie intraveineuse à dix-neuf patients répartis en six bras avec des posologies croissantes.11 Tous deux rapportent une augmentation de l’expression de la dystrophine de manière dose-dépendante, sans effet secondaire grave, imputé au traitement. Aucune des deux études n’a toutefois pu démontrer une amélioration significative de la fonction motrice.10-11
Bien que ces deux essais représentent une étape cruciale pour la recherche dans la maladie de Duchenne, des difficultés majeures restent à résoudre. Le taux de réexpression de la dystrophine doit être notablement augmenté afin d’obtenir une amélioration clinique significative. D’autre part, le taux d’AON atteignant les cellules cardiaques est actuellement faible, alors que la cardiopathie est une cause de mortalité majeure chez ces patients. En fin de compte, le risque de toxicité, notamment rénale, devra être évalué face à une thérapie qui devrait être administrée à long terme.9,12
En théorie, le saut d’un ou deux exons pourrait être appliqué à près de 80% des délétions (près de 50% des patients avec une DMD), 90% des mutations ponctuelles et plus de 70% des duplications, soit en tout plus de 80% des mutations dans la DMD.13 Ceci nécessiterait toutefois le développement de multiples AON différentes correspondant aux différentes mutations, impliquant un surplus de coût pour le développement des mutations les moins fréquentes. Cet exemple de «médecine personnalisée basée sur le gène» transforme ainsi une maladie rare en une multitude de maladies encore plus rares.
Considérant ces aspects, certains auteurs préconisent le développement d’un saut multi-exons (notamment des exons 45-55), qui permettrait à lui seul de traiter jusqu’à 60% des délétions.12

L’idébénone : un exemple d’approche pharmacologique

Contrairement aux deux premières stratégies qui ciblent leur activité sur un type de mutation ou même une mutation précise, l’idébénone est un exemple d’agent dont pourraient bénéficier tous les patients avec une dystrophie musculaire. Il s’agit d’une benzoquinone qui présente des propriétés antioxydantes et améliore la fonction de la chaîne respiratoire mitochondriale.14 Le mécanisme postulé est celui d’une diminution du stress oxydatif connu pour être impliqué dans la physiopathologie de la DMD. Suite à des résultats encourageants dans le modèle murin (souris mdx), une étude de phase IIa, en double aveugle, randomisée et placebo-contrôlée avec 21 patients, suggérait un effet cardioprotecteur et une amélioration du débit expiratoire maximal.14 Ces résultats sont toutefois à interpréter avec prudence, notamment en raison du petit nombre de patients et d’une différence d’âge significative entre les groupes. Une étude multicentrique de phase III, en double aveugle, randomisée et placebo-contrôlée est actuellement en cours.

Problématique soulevée par ces différents essais

L’avènement des premiers essais thérapeutiques pour la DMD et leurs résultats encourageants sont un événement majeur pour les patients, leur famille et pour l’ensemble de la communauté scientifique qui se préoccupe des maladies neuromusculaires. Une multitude de problèmes pratiques ont toutefois surgi lors de ces essais.
Au-delà de la complexité technique d’administrer un agent thérapeutique qui puisse atteindre l’ensemble de la musculature du corps, les essais cliniques se confrontent également à des difficultés méthodologiques comme l’illustre l’essai avec l’ataluren. Le recrutement d’un nombre suffisant de patients qui soient homogènes non seulement du point de vue du type de leur mutation génétique mais aussi de la sévérité de leur atteinte clinique est complexe. La définition de mesures d’efficacité (outcome measures) valides et reproductibles est également problématique puisqu’il s’agit d’une maladie lentement progressive.
Un aspect qui n’est pas toujours pris en compte par les promoteurs des études est l’impact psychologique considérable de la participation aux essais. Ces familles sont souvent prêtes à réorganiser entièrement leur quotidien pour y participer, bien que cela implique parfois des voyages hebdomadaires à l’étranger. Même si la probabilité d’une amélioration clinique semble petite, le fait de participer à un essai fait renaître l’espoir. Suite à l’interruption soudaine de l’essai avec l’ataluren, certaines familles se sont senties délaissées et livrées à elles-mêmes. Une forte mobilisation internationale des familles ayant participé à cette étude s’est d’ailleurs organisée par la suite.
Même lorsqu’ils ne participent pas, l’intérêt des patients et de leurs familles pour ces essais est énorme. De nombreuses familles sont très bien renseignées par le biais des réseaux internationaux d’associations de patients, au point de nous transmettre parfois des informations que nous, médecins, ignorions. Les familles de malades, porteurs de mutations rares pour lesquels aucun essai clinique n’est prévu ou possible actuellement, ressentent ainsi parfois un sentiment de frustration ou d’incompréhension sachant que leur enfant est atteint de la même maladie que d’autres qui ont eux la chance d’avoir «une bonne mutation» qui leur permettra de bénéficier des progrès thérapeutiques en cours.

Conclusion

Des avancées cruciales ont été réalisées dans le traitement de la maladie de Duchenne, toutefois de très nombreuses difficultés doivent encore être surmontées. Cette attente est très longue pour les familles à qui nous devons répéter que, malgré ces progrès extraordinaires plusieurs années seront encore nécessaires avant de pouvoir prescrire ces traitements. Il est par ailleurs possible que ce délai soit encore plus long pour des patients porteurs de mutations rares.
Implications pratiques
> Bien que les protocoles d’essais impliquent généralement une multitude d’examens, le suivi médical habituel reste indispensable
> La gestion de l’espoir et du désespoir, plus particulièrement lors de la participation à un essai thérapeutique, doit faire évoquer la nécessité d’un encadrement psychologique
> Bien que les récents essais thérapeutiques soient prometteurs, la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) reste à l’heure actuelle incurable. Le seul traitement qui a fait ses preuves pour ralentir le cours de la maladie est une corticothérapie par voie orale

Bibliographie

  1. ↑ [**] Bushby K, Finkel R, Birnkrant DJ, et al. Diagnosis and management of Duchenne muscular dystrophy, part 1 : Diagnosis, and pharmacological and psychosocial management. Lancet Neurol 2010;9:77-93. [Medline]
  2. ↑ Hoffman EP, Brown RH, Kunkel LM. Dystrophin : The protein product of the Duchenne muscular dystrophy locus. Cell 1987;51:919-28. [Medline]
  3. ↑ Petrof BJ, Shrager JB, Stedman HH, Kelly AM, Sweeney HL. Dystrophin protects the sarcolemma from stresses developed during muscle contraction. Proc Natl Acad Sci;90:3710-4.
  4. ↑ [**] Bushby K, Finkel R, Birnkrant DJ, et al. Diagnosis and management of Duchenne muscular dystrophy, part 2 : Implementation of multidisciplinary care. Lancet Neurol 2009;9:177-89. [Medline]
  5. ↑ Muntoni F, Torelli S, Ferlini A. Dystrophin and mutations : One gene, several proteins, multiple phenotypes. Lancet Neurol 2003;2:731-40. [Medline]
  6. ↑ Malik V, Rodino-Klapac LR, Viollet L, et al. Gentamicin-induced readthrough of stop codons in Duchenne muscular dystrophy. Ann Neurol 2010;67:771-80. [Medline]
  7. ↑ Welch EM, Barton ER, Zhuo J, et al. PTC124 targets genetic disorders caused by nonsense mutations. Nature 2007;447:87-91. [Medline]
  8. ↑ Finkel R, Wong B, Bushby K, et al. Results of a phase 2b, dose-ranging study of ataluren (PTC124) in nonsense mutation Duchenne/Becker muscular dystrophy. Neuromuscul Disord 2010;20:656-7.
  9. ↑ [**] Hoffman EP, Bronson A, Levin AA, et al. Restoring dystrophin expression in Duchenne muscular dystrophy muscle progress in exon skipping and stop codon read through. Am J Pathol 2011;179:12-22. [Medline]
  10. ↑ Goemans NM, Tulinius M, van den Akker JT, et al. Systemic administration of PRO051 in Duchenne muscular dystrophy. N Engl J Med 2011;364:1513-22. [Medline]
  11. ↑ Cirak S, Arechavala-Gomeza V, Guglieri M, et al. Exon skipping and dystrophin restoration in patients with Duchenne muscular dystrophy after systemic phosphorodiamidate morpholino oligomer treatment : An open-label, phase 2, dose-escalation study. Lancet 2011;378: 595-605. [Medline]
  12. ↑ [*] Nakamura A, Takeda S. Exon-skipping therapy for Duchenne muscular dystrophy. Lancet 2011;378:546-7. [Medline]
  13. ↑ Aartsma-Rus A, Fokkema I, Verschuuren J, et al. Theoretic applicability of antisense-mediated exon skipping for Duchenne muscular dystrophy mutations. Hum Mutat 2009;30:293-9. [Medline]
  14. ↑ Buyse GM, Goemans N, van den Hauwe M, et al. Idebenone as a novel, therapeutic approach for Duchenne muscular dystrophy : Results from a 12 month, double-blind, randomized placebo-controlled trial. Neuromuscul Disord 2011;21:396-405. [Medline]

[*] à lire [**] à lire absolument 


Abstract

Duchenne muscular dystrophy is an X-linked progressive muscle disease. Since the discovery of the dystrophin gene responsible for the condition, various therapeutic strategies have been elaborated. In this paper we introduce three of them, which are well into clinical trials. The first is based on the ability to read through premature stop codons, the second is based on the technique of exon skipping. Both strategies are examples of «personalized medicine», tailored for specific mutation types. The third approach is a pharmacological one, potentially useful for all Duchenne patients, regardless of their mutation type.
These first clinical trials raise many questions for researchers as well as for patients and their families, some of which are discussed.

vendredi 19 septembre 2014

connaitre la myopathie

Myopathies

  1. pour comprendre
  2. Démarche diagnostique en pathologie musculaire
  3. Dystrophie myotonique de Steinert
  4. Dystrophinopathies
  5. Myopathies inflammatoires
  6. Autres myopathies acquises

Objectifs pédagogiques

Connaissances requises
  • Énoncer les principaux éléments diagnostiques et pronostiques :
    • de la maladie de Steinert ;
    • de la myopathie de Duchenne.
  • Énoncer les examens complémentaires permettant de conforter le diagnostic de myopathie.
  • Arguments du diagnostic et principes thérapeutiques des dermatomyosites et des polymyosites.
  • Citer les causes des myopathies médicamenteuses et endocriniennes.
Objectifs pratiques
  • Chez un patient réel ou simulé atteint de myopathie :
    • conduire l'interrogatoire et faire un arbre généalogique (le cas échéant) ;
    • réaliser l'examen clinique.
  • Évoquer le diagnostic de myopathie sur un ou des cas vidéoscopés.

I. Pour comprendre

Les maladies musculaires se répartissent en deux grands groupes :
  • les myopathies d'origine génétique :
    • les dystrophies musculaires : du fait d'une altération d'un de leur constituant, les fibres musculaires se détruisent progressivement ;
    • les myopathies congénitales : anomalie du développement et de la maturation des fibres pendant la période fœtale ;
    • les myopathies métaboliques : dysfonctionnement de la voie de dégradation des sucres (glycogénoses), du métabolisme des graisses (lipidoses) ou de la chaîne respiratoire (maladies mitochondriales) ;
  • les myopathies acquises :
    • les myopathies toxiques et médicamenteuses ;
    • les myopathies inflammatoires ;
    • les myopathies endocriniennes.

II. Démarche diagnostique en pathologie musculaire

A. Repérer les symptômes évocateurs

  • Symptômes suggestifs :
    • déficit moteur proximal des membres (muscles des ceintures) ;
    • rhabdomyolyse aiguë (nécrose musculaire) : douleurs musculaires, faiblesse, émission d'urines brun foncé (myoglobinurie) ;
    • ophtalmoplégie externe progressive (ptosis et/ou limitation des mouvements oculomoteurs).
  • Savoir y penser devant :
    • symptômes intermittents : intolérance musculaire à l'effort ou accès parétiques aigus ;
    • raideur musculaire (myotonie).

B. Préciser le profil évolutif et les antécédents familiaux

  • Âge d'apparition et profil évolutif.
  • Antécédents familiaux et mode de transmission :
    • recherche de symptômes similaires chez les apparentés ;
    • tracer un arbre généalogique.

C. Examen clinique

1. Rechercher un déficit musculaire

  • Prédominance proximale habituelle, souvent sélectif pour certains muscles, mais le plus souvent symétrique ; atteinte distale plus rare mais possible.
  • Persistance des réflexes tendineux.
  • Absence de troubles sensitifs.

2. Rechercher en association au déficit

  • Une atrophie ou une hypertrophie musculaire (mollets).
  • Une myotonie : lenteur de la relaxation musculaire.
  • Des rétractions musculaires conduisant à une diminution des amplitudes articulaires.

3. Rechercher une atteinte musculaire en dehors des membres

  • Muscles axiaux : extenseurs du cou (tête tombante), extenseurs du tronc (camptocormie).
  • Muscles oculomoteurs : ptosis, ophtalmoplégie sans diplopie.
  • Muscles pharyngolaryngés.
  • Muscle cardiaque : cardiomyopathie ou trouble du rythme.
  • Muscles respiratoires (insuffisance restrictive).

D. Examens paracliniques

1. Taux sérique de la créatine kinase

  • Suggestif d'une atteinte musculaire si créatine kinase (CK) élevée (supérieur à 3 fois la limite supérieure normale).
  • Il peut être normal dans certaines pathologies musculaires.
  • Penser à demander un dosage de CK devant une augmentation des transaminases (s'il est élevé, il est en faveur d'une atteinte musculaire et non hépatique).

2. ENMG

  • Tracé myogène évocateur mais aspects trompeurs possibles.
  • Averses myotoniques en cas de myotonie.
  • Vitesses de conduction nerveuse normales.

3. Imagerie musculaire (scanner ou IRM)

Elle permet une analyse précise de la répartition des muscles atteints (anomalie de densité ou de signal liée à l'involution du tissu musculaire).

4. Biopsie musculaire

  • Examen déterminant dans de nombreux cas, elle nécessite une expertise et doit être réalisée dans un centre de référence.
  • Prélèvement sous anesthésie locale.
  • Permet de montrer des lésions morphologiques spécifiques d'une maladie musculaire.
  • Permet d'analyser l'expression de certaines protéines (immuno-histochimie, western blot).
  • Permet une étude biochimique du tissu musculaire (myopathies métaboliques).

5. Autres examens complémentaires

Prélèvement sanguin pour génétique moléculaire dans les myopathies d'origine génétique dont le gène est connu et les mutations identifiées.

III. Dystrophie myotonique de Steinert

La myotonie est une lenteur de la relaxation musculaire. C'est un phénomène indolore. Le patient la décrit comme une raideur musculaire. La myotonie spontanée est responsable d'une lenteur et d'une difficulté à l'extension des doigts lorsque le patient desserre les doigts de l'examinateur. Elle peut être provoquée par une percussion musculaire par le marteau à réflexe : lors du réflexe idio-musculaire, le mouvement provoqué ne revient que lentement à sa position initiale. Elle est détectable par l'électromyogramme où, dès l'insertion de l'aiguille électrode dans le muscle au repos, sont enregistrées des rafales myotoniques donnant un bruit très caractéristique comparé à celui d'un « avion en piqué ».

A. Génétique

  • La dystrophie myotonique de Steinert est la plus fréquente des myopathies héréditaires de l'adulte (prévalence : 5 pour 100 000).
  • Transmission autosomique dominante.
  • Sévérité très variable (allant des formes asymptomatiques aux formes congénitales très sévères).
  • Phénomène d'anticipation (les symptômes observés dans une famille sont plus précoces et la maladie plus sévère au fil des générations).
  • Analyse génétique moléculaire directe : amplification d'une répétition instable de triplets CTG dans une zone non traduite du gène DMPK localisé sur le chromosome 19 (chez les individus sains, ce triplet est répété moins de 37 fois ; chez les sujets atteints, la taille de la répétition est supérieure à 50 et augmente au fil des générations).
Importance du :
  • conseil génétique ;
  • diagnostic prénatal.

B. Forme commune

  • Reconnue dans la troisième ou quatrième décennie.
  • Diagnostic : association d'une faiblesse musculaire avec myotonie à une atteinte plurisystémique :
    • amyotrophie des muscles distaux des membres, de la face et du cou ;
    • myotonie clinique souvent limitée aux mains ;
    • atteinte plurisystémique :
    • calvitie précoce, constante chez l'homme ;
    • cataracte bilatérale précoce ;
    • troubles cardiaques à dépister et surveiller de façon impérative (ECG et Holter rythmique annuels) : troubles de la conduction, troubles du rythme ; un des éléments pronostic important de la pathologie ;
    • troubles endocriniens (hypogonadisme, diabète de type 2) ;
    • atteinte du système nerveux central (hypersomnie, troubles de la personnalité, atteinte frontale).

C. Forme congénitale

  • Uniquement en cas de transmission maternelle.
  • Période anténatale : réduction des mouvements fœtaux et hydramnios.
  • À la naissance : nouveau-né très hypotonique, avec troubles de la succion et de la déglutition et, parfois, détresse respiratoire.
  • Pronostic très sévère : décès dans près d'un quart des cas et, en cas de survie, retard mental dans au moins deux tiers des cas.
  • À prévenir par le conseil génétique (+++).

D. Dystrophie myotonique de type 2

  • Affection de transmission autosomique dominante, due à l'expansion de répétitions d'un quadruplet CCTG dans le gène ZFN9 localisé sur le chromosome 3q.
  • La dystrophie myotonique de type 2 (PROMM, PROximal Myotonic Myopathy) partage trois signes cardinaux avec la maladie de Steinert : faiblesse musculaire, myotonie, cataracte précoce.
  • Elle s'en distingue par l'absence de forme congénitale et de retard mental, la fréquence des myalgies, le siège de la faiblesse (proximal et axial).

IV. Dystrophinopathies

On désigne sous le terme de dystrophinopathies les dystrophies musculaires d'hérédité récessive liée à l'X en rapport avec une mutation dans le gène codant la dystrophine. Un défaut quantitatif ou qualitatif de la dystrophine, localisée à la face interne du sarcolemme, provoque une fragilisation de la membrane musculaire. La sévérité de l'atteinte musculaire n'est pas corrélée à la taille ou au siège de la mutation, mais à la conservation ou non du cadre de lecture :
  • dans le cas de la maladie de Duchenne, un décalage du cadre de lecture produit un arrêt prématuré de la traduction : la protéine n'est pas fonctionnelle et est rapidement dégradée ;
  • en revanche, un respect du cadre de lecture permet la production d'une dystrophine diminuée ou tronquée dans la myopathie de Becker.

A. Dystrophie musculaire de Duchenne

  • La dystrophie musculaire de Duchenne est la plus fréquente des myopathies chez l'enfant (1 pour 3 500 nouveau-nés masculins).
  • Transmission récessive liée à l'X : elle n'atteint que les garçons.
  • Elle débute entre 3 et 5 ans par des troubles de la marche, des chutes et des difficultés à la montée des escaliers.
  • Le petit garçon se relève du sol en prenant appui sur ses cuisses pour redresser le tronc (signe de Gowers). Hypertrophie musculaire (mollets, langue).
  • Retard mental dans 40 % des cas.
  • Marche perdue vers l'âge de 10 ans.
  • Complications orthopédiques : rétractions, déformation du rachis.
  • Pronostic vital engagé du fait de l'atteinte des muscles respiratoires et cardiaques (cardiomyopathie dilatée) autour de 20–25 ans.
  • Élévation de la CK constante, +++ (> 1 000 UI/l), dès les premiers jours de vie.
  • Biopsie musculaire : lésions dystrophiques, absence de dystrophine par immunocytochimie et western blot.
  • Génétique moléculaire : confirmation de l'anomalie (délétion dans deux tiers des cas ou mutation ponctuelle).
Conseil génétique :
  • fondamental, il doit être précoce chez les transmettrices ;
  • diagnostic prénatal possible.

B. Dystrophie musculaire de Becker

  • Incidence dix fois moindre que celle de la myopathie de Duchenne.
  • Début plus tardif et déficit moins sévère.
  • Atteinte cardiaque moins constante, mais elle peut être aussi sévère que dans la dystrophie de Duchenne.
  • Biopsie musculaire : présence de dystrophine en quantité réduite, avec une taille variable selon l'anomalie moléculaire en cause.

V. Myopathies inflammatoires

A. Dermatomyosites et polymyosites

1. Dermatomyosite

Maladie de mécanisme vasculaire inflammatoire humoral (dépôts de compléments).
Manifestations cutanées
  • Érythrœdème (visage, cou et décolleté, épaules) avec œdème lilacé des paupières supérieures.
  • Papules de Gottron (plaques érythémateuses siégeant en bandes à la face d'extension des mains et des doigts, parfois coudes et genoux).
  • Érythème hyperhémique péri-unguéal douloureux (signe de la manucure).
Manifestations musculaires
  • Installation subaiguë sur quelques semaines ou quelques mois.
  • Déficit proximal des membres.
  • Dysphagie 50 % des cas.
  • Myalgies 50 % des cas.
Paraclinique
  • Syndrome inflammatoire biologique modéré, voire absent (dans un cas sur deux).
  • Élévation des CK inconstante (environ 80 % des cas).
  • Anticorps non spécifiques (facteurs antinucléaires) et anticorps anti-synthétases (JO1).
  • Biopsie musculaire : infiltrats inflammatoires de siège péri-vasculaire, atrophie des fibres péri-fasciculaires.
  • Radiographie et scanner pulmonaire, EFR : ils peuvent montrer un syndrome interstitiel.
  • ECG : il peut montrer une atteinte cardiaque infraclinique.
Syndrome paranéoplasique (+++)
  • L'association à un cancer doit être recherchée chez l'adulte, surtout après 40 ans.
  • Elle existe dans environ 20 % des cas et conditionne le pronostic.
  • La dermatomyosite précède le cancer dans 70 % des cas. Le délai moyen entre la survenue des deux affections est le plus souvent inférieur à 1 an.
  • Tous les types de cancers peuvent être observés (pulmonaire, digestif, gynécologique).

2. Polymyosite

  • Maladie inflammatoire du myocyte par un trouble de l'immunité cellulaire.
  • Survenue exclusive chez l'adulte.
  • Absence de manifestations cutanées.
  • Association plus fréquente avec une maladie auto-immune (sclérodermie, lupus) et, plus rare, à un cancer.

3. Traitement

Le traitement des dermatomyosites et polymyosites repose en première intention sur la corticothérapie, commencée à la posologie d'1 mg/kg par jour. La réponse au traitement est jugée sur les paramètres cliniques et biologiques. En cas de corticorésistance ou de corticodépendance, différents traitements immunosuppresseurs peuvent être proposés.

B. Myosite à inclusions

  • Maladie moins inflammatoire comportant des éléments dégénératifs.
  • La plus fréquente des myopathies inflammatoires après 50 ans.
  • Installation plus lente que dans les dermatomyosites et polymyosites.
  • Pas de myalgies.
  • Déficit amyotrophiant souvent asymétrique, à la fois proximal et distal, intéressant préférentiellement les quadriceps et les fléchisseurs des doigts.
  • Taux de CK peu élevé.
  • Biopsie musculaire : lésions évocatrices, fibres contenant des vacuoles bordées et des inclusions, lésions inflammatoires en quantité variable.
  • Pathogénie auto-immune incertaine ; elle ne répond pas aux corticoïdes ni aux immunosuppresseurs.

VI. Autres myopathies acquises

A. Myopathies médicamenteuses

  • Hypocholestérolémiants (statines et fibrates) (+++) : élévation des CK, myalgies, rhabdomyolyse aiguë.
  • Corticoïdes au long cours (++) : faiblesse avec amyotrophie, CK normale.
  • Antirétroviraux : myopathie mitochondriale.
  • Chloroquine et colchicine : myopathie déficitaire indolore.

B. Myopathies endocriniennes

Le traitement de l'endocrinopathie peut faire disparaître les symptômes musculaires.
  • Hyperthyroïdie : déficit proximal indolore des membres inférieurs avec CK normale ; myopathie oculaire basedowienne.
  • Hypothyroïdie : faiblesse et enraidissement musculaire douloureux, élévation des CK.
  • Affections surrénaliennes : hypercorticisme, insuffisance surrénalienne.
  • Anomalies du métabolisme calcique et de la vitamine D : hyperparathyroïdie, ostéomalacie.
POINTS CLÉS
  • Évoquer une maladie musculaire devant une faiblesse progressive des membres, le plus souvent proximale, avec persistance des réflexes tendineux, sans troubles sensitifs.
  • Ne pas oublier d'examiner la musculature faciale, oculaire et bulbaire.
  • Examens complémentaires les plus utiles : dosage de la créatine kinase (CK) et biopsie musculaire.
  • Toujours rechercher une cause curable (inflammatoire, toxique, endocrinienne) devant un déficit musculaire acquis, rapidement évolutif.
  • Savoir identifier les manifestations cutanées de la dermatomyosite et penser à rechercher un cancer associé devant une dermatomyosite de l'adulte.
  • Toujours tracer un arbre généalogique devant une suspicion de myopathie héréditaire.
  • Maladie de Steinert :
    • la plus fréquente des myopathies héréditaires de l'adulte ;
    • transmission autosomique dominante (expansion d'un triplet) ;
    • diagnostic clinique facile (faiblesse faciale et distale, myotonie des mains, calvitie chez l'homme) ;
    • maladie multisystémique (cataracte, diabète, atteinte cardiaque à dépister régulièrement) ;
    • risque de forme congénitale grave en cas de transmission maternelle ;
    • intérêt du conseil génétique et du diagnostic prénatal.
  • Maladie de Duchenne :
    • la plus fréquente des myopathies héréditaires de l'enfant ;
    • mutation du gène de la dystrophine (protéine sous-sarcolemmique) sur le chromosome X ;
    • faiblesse proximale des membres inférieurs et hypertrophie des mollets chez un jeune garçon ;
    • taux de CK toujours très élevé ;
    • intérêt du conseil génétique et du diagnostic prénatal.